Guide Has sur les patients partenaires, un texte ambitieux… mais traversé par de nombreuses contradictions.28 Mai 2026.
Guide Has sur les patients partenaires, un texte ambitieux… mais traversé par de nombreuses contradictions.28 Mai 2026.
🔸 Après une lecture attentive du nouveau guide de la Has sur les patients partenaires, un constat s'impose, ce document affiche une ambition importante, mais il soulève également de nombreuses incohérences qui interrogent. La première est sans doute la plus fondamentale. La Has reconnaît qu'il n'existe aujourd'hui aucun statut juridique du patient partenaire en droit français, tout en proposant une définition détaillée, des missions, des domaines d'intervention et des compétences attendues, comme si ce statut était déjà établi.
🔸Deuxième paradoxe, le guide précise qu'il ne traite que du partenariat au niveau organisationnel, mais il décrit ensuite des missions qui concernent directement l'accompagnement des personnes, le parcours de soins, l'éducation thérapeutique, la recherche ou encore la prévention, brouillant ainsi la frontière qu'il avait lui-même fixée. Il affirme également distinguer clairement le patient partenaire de la pair-aida ce, avant de reconnaître quelques pages plus loin que, dans les pratiques, ces rôles se confondent souvent et qu'un patient partenaire peut être appelé pair-aidant. Une distinction présentée comme essentielle devient finalement très relative.
🔸Le guide insiste aussi sur la différence entre patient partenaire et représentant des usagers, tout en admettant que certains exercent les deux fonctions et que leurs interventions peuvent se recouper dans de nombreux projets. Là encore, la séparation affichée est largement nuancée par le contenu même du document.
🔸 Autre point étonnant, la Has rappelle que la représentation des usagers est strictement encadrée par la loi, mais recommande parallèlement l'intégration des patients partenaires dans des instances de gouvernance, sans qu'un cadre juridique comparable n'existe réellement pour ces derniers. Le texte revendique également une approche fondée sur la co-construction et l'égalité entre patients et professionnels, tout en précisant que le partenariat est, dans la plupart des cas, initié par les directions d'établissement ou les professionnels eux-mêmes. Cette logique descendante semble difficile à concilier avec l'idée d'un partenariat entre acteurs placés sur un pied d'égalité. Le guide présente enfin le partenariat comme un modèle innovant, mais il reconnaît lui-même que nombre de ses références proviennent de modèles étrangers, notamment québécois, alors que leur transposition dans le système juridique français reste incomplète.
🔸Une autre tension apparaît dans la multiplication des appellations, patient partenaire, patient expert, patient ressource, patient formateur, patient chercheur, patient intervenant, patient pair, médiateur de santé pair… La Has reconnaît cette diversité terminologique tout en cherchant à proposer un cadre unifié, ce qui entretient paradoxalement une certaine confusion. Le document affirme également qu'il ne crée aucune nouvelle profession, mais il décrit progressivement un ensemble de missions, de compétences, de responsabilités, de formations et de rôles qui ressemblent fortement à ceux d'une fonction structurée au sein des établissements. Alors que le guide rappelle que le partenariat repose sur des bonnes pratiques et non sur des obligations réglementaires, il formule de nombreuses recommandations organisationnelles qui pourraient, à terme, être perçues comme des standards de référence.
🔸Ces observations ne remettent pas en cause l'intérêt d'associer davantage les personnes concernées aux politiques de santé. Elles invitent en revanche à un débat essentiel.
▪️Avant de définir aussi précisément les missions, les rôles et les responsabilités des patients partenaires, ne faudrait-il pas d'abord construire un cadre juridique clair, cohérent et partagé ?
▪️Un guide de bonnes pratiques ne devrait-il pas d'abord lever les ambiguïtés qu'il reconnaît lui-même avant d'en proposer la généralisation ?
Gigi Tdah 😉
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