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Quand le cerveau désautomatise.

Publié le par Gigi Tdah et OumSoum Soum

Quand le cerveau désautomatise, pourquoi tdah, troubles dys et ménopause réactivent des difficultés que l’on pensait stabilisées.

 

🔸 Chez les femmes présentant un tdah associé à un ou plusieurs troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dyspraxie, dysorthographie…), la ménopause ne se limite pas à une simple augmentation de la fatigue ou des oublis. Elle induit un phénomène beaucoup plus spécifique et encore peu décrit, une désautomatisation partielle des fonctions cognitives. Autrement dit, des compétences qui avaient été progressivement stabilisées, compensées ou rendues fonctionnelles au fil des années redeviennent coûteuses, instables, voire temporairement inefficaces.

🔸 Ce phénomène repose sur plusieurs mécanismes neurobiologiques imbriqués. Les troubles dys sont associés à des particularités dans les réseaux neuronaux impliqués dans le traitement de l’information et surtout dans leur automatisation. Par exemple, la lecture repose sur des circuits temporo-pariétaux et occipito-temporaux qui permettent, avec l’apprentissage, de passer d’un décodage effort ful à une reconnaissance rapide et automatisée des mots.

▪️Dans les troubles dyslexiques, cette automatisation est plus lente, plus fragile, et dépend davantage de stratégies compensatoires conscientes.

▪️Dans la dyspraxie, ce sont les réseaux fronto-pariétaux et cérébelleux impliqués dans la planification et l’exécution motrice qui sont concernés. Là encore, les gestes peuvent nécessiter un contrôle conscient plus important, même à l’âge adulte.

🔸 Chez les personnes tdah, ces systèmes sont déjà sous tension. Le cortex préfrontal, qui soutient l’attention, la planification, la mémoire de travail et l’inhibition, fonctionne de manière moins stable. Cela signifie que même les processus partiellement automatisés restent dépendants d’un contrôle exécutif plus important que chez les personnes neurotypiques. La ménopause vient perturber cet équilibre en profondeur.

▪️La chute des œstrogènes entraîne une modification de la plasticité synaptique, c’est-à-dire de la capacité du cerveau à maintenir des connexions efficaces entre les neurones. Les œstrogènes jouent un rôle clé dans la modulation du glutamate et dans la densité des épines dendritiques, structures essentielles à la transmission de l’information. Leur diminution est associée à une baisse de l’efficacité synaptique, en particulier dans l’hippocampe et le cortex préfrontal.

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12145478/

🔸Cela a une conséquence directe, les réseaux neuronaux deviennent moins fluides et moins économes en énergie. Dans un cerveau neurotypique, cela peut se traduire par des oublis ou une légère baisse de performance. Mais dans un cerveau tdah avec troubles dys, où les circuits sont déjà moins automatisés, cette perte d’efficacité entraîne un basculement vers un fonctionnement plus (manuel).

Le cerveau ne peut plus s’appuyer autant sur des circuits automatisés. Il doit réactiver des stratégies conscientes, ce qui mobilise fortement la mémoire de travail et les fonctions exécutives. C’est ce qui explique pourquoi certaines femmes décrivent...

▪️Une lecture redevenue lente ou fatigante.

▪️Des erreurs inhabituelles à l’écrit.

▪️Une perte de fluidité dans les gestes.

▪️Une difficulté à organiser leurs idées.

▪️Une sensation de devoir (réapprendre)des choses pourtant acquises.

🔸 Ce phénomène est aggravé par la modulation dopaminergique. La dopamine joue un rôle central dans la consolidation des automatismes et dans l’efficacité des circuits neuronaux. Elle permet de renforcer les connexions utilisées fréquemment et de faciliter l’accès rapide à l’information. Dans le tdah, cette modulation est déjà atypique. Avec la ménopause, la diminution des œstrogènes altère encore cette régulation dopaminergique, rendant l’accès aux automatismes moins fiable et plus fluctuant. La vitesse de traitement de l’information peut être affectée. Des études montrent que les fluctuations hormonales influencent les performances cognitives, notamment dans les domaines du langage, de la mémoire de travail et de la rapidité d’exécution.

https://www.frontiersin.org/journals/global-womens-health/articles/10.3389/fgwh.2025.1613628/full

🔸Cette diminution de la vitesse de traitement accentue la sensation de perte d’efficacité. Le cerveau met plus de temps à accéder à l’information, ce qui augmente la charge cognitive globale. Le rôle du cervelet est également important et souvent sous-estimé. Impliqué dans l’automatisation des gestes mais aussi dans certaines fonctions cognitives, il contribue à rendre les actions fluides et peu coûteuses. Des altérations de son fonctionnement, combinées à une baisse de la modulation hormonale, peuvent participer à cette perte de fluidité observée.

À cela s’ajoute l’impact du sommeil. Les troubles du sommeil fréquents à la ménopause perturbent la consolidation des apprentissages et la stabilisation des réseaux neuronaux. Or, c’est pendant le sommeil que le cerveau renforce les automatismes. Sa dégradation favorise donc une instabilité accrue des compétences acquises.

🔸 La dimension énergétique est centrale. L’automatisation permet normalement de réduire la consommation cognitive. Lorsqu’elle diminue, chaque tâche redevient coûteuse. Le cerveau entre alors dans une forme de surcharge chronique, non pas parce qu’il fait plus de choses, mais parce qu’il doit les faire de manière moins efficace. Dans le tdah associé aux troubles dys, la ménopause ne provoque pas une perte de compétences, mais une perte partielle d’automatisation. Le cerveau fonctionne toujours, mais de manière plus lente, plus consciente et plus énergivore. Ce qui semblait acquis ne disparaît pas : cela devient simplement plus difficile d’accès.

Gigi Tdah 😉

 

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